À l’ouest d’Almeria, en Andalousie se trouve la plus vaste zone de cultures sous plastique au monde. Coincés entre mer et montagne sur la péninsule du Poniente, on compte 35.000 hectares de serres baptisés « la mer de plastique ». Ici, des terrassements de serres sur les versants de la Sierra de Gador près d’El Ejido.
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Travailleur immigré de nationalité marocaine, Najib a obtenu son permis de résidence grâce au SOC-SAT, une association réputée qui se bat pour l’embauche et la régularisation des immigrés. A présent, il travaille en toute légalité pour un agriculteur espagnol à Balanegra, un village du littoral. Dans la région du Poniente, on ne compte pas moins de 80.000 travailleurs clandestins.
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Il y a 30 ans la péninsule du Poniente ressemblait à un désert aride. A présent, depuis la Sierra de Gador, on peut voir 350 km2 de serres à perte de vue. Au dernier plan, les immeubles de Roquetas de Mar, une station balnéaire qui s’est développé en même tant que l’agriculture sous plastique. Aujourd’hui, cette dernière représente environ 30 % du PIB de la région d’Almeria.
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Najib (au centre) partage avec Mustafa et Rachid, ses cousins, une petite maison de 40 m2 perdue au milieu des serres à Balanegra, un village côtier près d’El Ejido. Ils ont le permis de résidence et sont déclarés par leur patron. Mais ce n’est pas le cas de tous les immigrés régularisés. Certains détenteurs du permis de résidence continuent de travailler dans la clandestinité.
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Une serre à l’abandon proche d’El Ejido. Des morceaux de plastique coincés entre les fils de fer d’un toit disparu s’agitent face au vent. Lors d’une tempête en novembre 2006, environ 20 hectares de serres sont arrachés par le vent.
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Lourenço Mendés vient de Guinée Bissau. Il vit depuis 14 ans en Espagne et cohabite avec une douzaine de compatriotes dans un cortijo (fermette andalouse) près du village de Las Norias. Bien que détenteur du permis de résidence, il travaille toujours au salaire d’un sans-papiers (33 €/jour). Les employeurs refusent de le déclarer.
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Sur les versants de la Sierra de Gador, suite aux fortes précipitations (comme celles de novembre 2006), des torrents de boue entraînent tout sur leur passage : plastiques usagés, bidons, résidus organiques ou chimiques.
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Six heures du matin, l’heure de l’embauche pour les sans papiers. Africains noirs et Maghrébins déambulent le long des routes, près des sorties d’autoroute, autour des ronds-points. Tous patientent dans l’espoir d’une journée de travail. Les agriculteurs espagnols au volant de leur camionnette s’arrêtent et embarquent une poignée d’hommes. Pendant plus d’une heure, le même va-et-vient s’accomplit sous les yeux de la police, indifférente.
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Près de Las Norias, 13 hommes originaires de Guinée Bissau et du Sénégal cohabitent dans un cortijo de 50 m2 baptisé Loma del Viento. Il sont quatre par chambre et n’ont pas l’eau courante. Quand ils ne trouvent pas de travail, ils restent chez eux par peur d’être arrêtés et passent la journée à regarder des DVD achetés en commun.
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Pour régulariser sa situation un sans-papiers doit d’abord demander une attestation sanitaire puis être recensé auprès de la mairie pendant trois ans avant d’obtenir un permis de résidence qui bien souvent ne garantit pas meilleur embauche. Ici, les passeports et cartes de recensement des habitants de Loma del Viento. En haut à droite, le permis de résidence de Lourenço Mendés.
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Dans les bureaux d’Almeria Acoge, une association située dans le centre ville d’Almeria, on parle surtout « d’adaptation ». Des étrangers attendent, un numéro à la main. Deux femmes installées derrière des bureaux les reçoivent : obtention de papiers, orientation vers l’emploi. On parle l’arabe, le roumain et le russe. « On se bat pour que l’intégration se fasse non pas au regard de la nationalité mais en fonction des compétences de chacun ».
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Dans la région du Poniente, les femmes en provenance d’Afrique et des pays de l’Est travaillent principalement dans des usines de tri ou d’emballage comme ici chez Ejidomar. A la différence des hommes qui travaillent au noir pour de petites coopératives agricoles, elles sont employées par des multinationales de fruits et légumes qui exportent partout en Europe et donc déclarées. L’hiver, 3000 camions quittent chaque jour la région vers l’Europe.
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Malgré les tensions qui ont suivi les émeutes xénophobes de février 2000, de nombreux sans-papiers témoignent de la sympathie pour leur patron et inversement. Ici, un agriculteur (en jaune) entourés de ces employés.
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Mosquée d’un lotissement de cortijos (fermettes andalouses) baptisé Casas Viejas, près de San Isidro à l’est d’Almeria. Une cinquantaine de Marocains cohabitent ici aux yeux de tous. En août 2007, des agents de police auraient saccagé leur mosquée construite dans un des bâtiments. Dans la région, environ 40.000 Maghrébins tentent de s’intégrer et constituent depuis quinze ans la main d’œuvre qui fait marcher cette économie.
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Des terrassements de serres envahissent les versants de la Sierra de Gador près d’El Ejido.
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Un des cortijo de Casas Viejas près de San Isidro à l’est d’Almeria. Les Marocains qui vivent ici voudraient apprendre l’espagnol pour mieux s’intégrer. Au lieu de ça, ils passent leur temps à fuir la police. Certains attendent l’obtention du permis de résidence d’ici quelques mois. D’autres ont été reconduits à la frontière avant l’échéance de trois ans.
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En septembre 2007, les habitants de Casas Viejas reçoivent la visite nocturne de gardes civils qui menacent de les arrêter. « Ils frappaient sur les portes et nous insultaient en ricanant. Ils voulaient juste s’amuser. Le lendemain, ils sont revenus et nous ont dérobé tout notre argent prétextant que nous n’avions pas le droit de travailler ici ».
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Sur le littoral du Poniente, on compte plusieurs stations balnéaires dont 80 % des logements sont vides 10 mois par an. L’une d’entre elle, Almerimar, a été construite au pied de falaises qui portent encore les traces des engins de terrassements. Au sommet, on peut voir des serres qui s’étendent au-delà sans discontinuer jusqu’à la Sierra de Gador.
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Bureau municipal d’immigration de Roquetas de Mar, un ancien port de pêche devenu une station balnéaire fantôme 10 mois par an. Chaque matin les candidats à l’immigration, venus d’Afrique, des pays de l’Est ou d’Amérique Latine font la queue devant l’entrée du bâtiment.
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Depuis l’an 2000 les espagnols recrutent une main d’œuvre en provenance des pays de l’Est. Roumains, Russes ou Lituaniens, on leur réserve les meilleurs postes dans la construction, les transports ou la restauration. Certains sont à présent patrons. C’est le cas d’Andrei, roumain de 41 ans et gérant d’une société spécialisée dans l’installation de toitures en plastique. Il a fait venir toute sa famille et travaille avec des amis (photo) venus du pays. « Ici, avec toutes ces serres, on travaille toute l’année ».
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Juan Manuel Sanchez Gordillo est candidat "vert" au parlement d’Andalousie pour la liste Izquierda Unida. Il soutient les actions menées par le syndicat des ouvriers agricoles (SOC-SAT) en faveur des travailleurs immigrés. A El Ejido, les représentants de l’association sont Marocain et Sénégalais. Abdelkader Shasha et Gabriel M’Binki Ataya travaillent sur le terrain. Ils rendent visite aux habitants des cortijos, recueillent plaintes et témoignages, les épaulent dans leurs démarches de régularisation et affrontent les patrons abusifs. Abdelkader et Gabriel font régulièrement l’objet de menace de mort. Mais rien ne les arrête.
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Là une du quotidien régional El Dia : "Les immigrants d’El Ejido mettent des mois à régulariser leur situation". Depuis les évènements xénophobes de février 2000, les Maghrébins ont désertés les cafés du centre ville d’El Ejido où on leur a fait comprendre qu’ils n’étaient pas les bienvenus.
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Depuis 30 ans la province n’a reçu aucune subvention de l’état pour développer une économie respectueuse de l’environnement. Pas de contrôle de croissance, ni de plan d’irrigation, ni d’expertise de l’état des nappes phréatiques. D’après l’association Ecologistas en Acción, cette économie génère 30.000 tonnes de résidus plastiques et organiques par an. Et pourtant en 2008 tout doit changer. La Junta de Andalucia prévoit d’allouer 300 millions d’euros afin de développer une « agriculture intégrée et durable ».
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Stand radio de Cadena SER au salon international de l’agriculture sous plastique (Expo Agro Almeria 2007). Les médias font l’éloge d’un nouveau mode d’agriculture, le Compromiso Verde, l’Engagement Vert. Un programme d’agriculture "intégrée et durable" qui doit respecter l’environnement, favoriser l’innovation et la compétitivité à l’échelle européenne. Le sort des travailleurs clandestins, lui, reste sujet tabou.
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À Casas Viejas, lors du contrôle de police nocturne certains auraient été passés à tabac. Les autres, cachés dans les serres voisines, ont attendu longuement avant de regagner leur logement. L’un des habitants qui préfère rester dans l’ombre, s’insurge : « Ils nous traitent de Maures de merde et de fils de pute ! A l’un des nôtres, ils ont volé près de 600 €. Des mois d’économies ! »
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C’est par la mer, dans des bateaux appelés « pateras », qu’arrivent de nombreux immigrés africains. Certains par le détroit de Gibraltar, d’autres depuis le Sénégal via les îles Canaries. A leur arrivée, ils rejoignent les villes du littoral pour y trouver du travail. Comme ici à Calahonda (100 kilomètres à l’ouest d’Almeria) où l’agriculture sous serres est devenue le premier secteur d’embauche.
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Mustafa, Najib et Rachid sont « chanceux ». Ils travaillent dans des serres tout près de leur habitation à Balanegra, un village côtier près d’El Ejido. Ils font partie d’une minorité dans la région, les Marocains détenteurs du permis de résidence.
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Sur toute la côte entre Almeria et Malaga, l’agriculture sous serres se développe. Sur les collines de la Costa del Sol, ici près de Castell de Ferro, les terrassements ont redessiné le paysage.
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À Casas Viejas, certains sont désespérés. « Ici y’a pas d’eau, y’a pas d’lumière, on a aucun droit. Juste de se cacher », s’écrit l’un des habitants, l’air effondré. « Sans nous dans les serres, ils seraient bien embêtés ! ».
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Sur la péninsule du Poniente, on compte déjà plus de 350 km2 de serres. Et la « mer de plastique » continue de gagner du terrain. Vers Motril et les collines de l’Alpujarras à l’ouest. Et jusqu’aux limites du Parc de Cabo de Gata, à l’est d’Almeria, où des serres illégales ont récemment été détruites.
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